En 2024, la valeur globale des écosystèmes entrepreneuriaux a reculé de près de 25 %.
Géopolitique instable, budgets publics sous tension, accélération brutale de l’intelligence artificielle. Beaucoup y ont vu une crise.
Les entrepreneurs, eux, y ont vu autre chose : une opportunité de reconstruction.
C’est le message central du Global Entrepreneurship Network (GEN) dans son Impact Report 2025 :
Quand les règles changent, les bâtisseurs ne paniquent pas. Ils réinventent.
Cette lecture du monde n’est pas théorique. Elle est opérationnelle. Et pour un pays comme Madagascar, elle est plus que jamais d’actualité.
GEN Global : un réseau, mais surtout une méthode
GEN n’est pas un simple réseau d’événements ou de bonnes intentions.
C’est aujourd’hui la plus grande infrastructure mondiale dédiée à l’entrepreneuriat, active dans près de 200 pays, structurée autour de 4 piliers très concrets :
- GEN Founders – accompagner les entrepreneurs là où ils sont, pas là où on voudrait qu’ils soient.
- GEN Invest – mettre le bon capital, au bon moment, entre les bonnes mains.
- GEN Policy – aider les États à concevoir des politiques publiques fondées sur des preuves, pas des slogans.
- GEN Ecosystems – renforcer les écosystèmes locaux et les connecter au monde.
En 2024, GEN a :
- travaillé directement avec 8.460 entrepreneurs dans 131 pays,
- connecté 598 fondateurs à des mentors internationaux,
- touché près de 3 millions d’entrepreneurs dans 970 communautés.
Ce qui frappe, ce n’est pas l’ampleur des chiffres.
C’est la cohérence du modèle : GEN agit à la fois sur les individus, les organisations intermédiaires et les politiques publiques.
Ce que le rapport GEN 2025 dit implicitement à Madagascar
En filigrane, le rapport pose plusieurs constats qui résonnent fortement avec la réalité malgache.
1. Le problème n’est pas le manque d’entrepreneurs
Partout dans le monde – y compris dans les économies fragiles – l’envie d’entreprendre existe.
Ce qui manque, ce sont :
- des parcours lisibles,
- des intermédiaires crédibles,
- des règles du jeu compréhensibles,
- des ponts vers les marchés et le financement.
À Madagascar, l’énergie entrepreneuriale est là.
Mais elle est fragmentée, isolée, souvent découragée par la complexité administrative et l’absence de continuité.
2. Les écosystèmes performants ne sont pas ceux qui font le plus d’événements
GEN insiste lourdement sur un point :
Il faut mesurer ce qui compte vraiment.
Les écosystèmes efficaces sont ceux qui :
- suivent les trajectoires des entrepreneurs dans le temps,
- évaluent l’impact réel (emplois, chiffre d’affaires, survie des entreprises),
- réduisent les doublons entre structures d’appui,
- apprennent collectivement.
C’est un message clé pour Madagascar, où beaucoup d’initiatives existent, mais peu sont coordonnées.
3. Les entrepreneurs sont devenus les nouveaux diplomates
Dans un monde fragmenté, GEN fait un pari fort : les entrepreneurs, les investisseurs et les écosystèmes locaux sont désormais des vecteurs de confiance transnationale.
Pour un pays insulaire, souvent perçu comme périphérique, c’est une opportunité stratégique majeure :
- diaspora,
- marchés régionaux,
- partenariats Sud–Sud,
- accès à des programmes globaux.
Le rôle spécifique de GEN Madagascar : passer du potentiel à l’architecture
GEN Global ne fonctionne jamais en surplomb.
Son efficacité repose sur des chapitres nationaux solides, capables d’adapter la vision globale aux réalités locales.
C’est précisément là que GEN Madagascar a un rôle décisif à jouer.
1. Devenir la colonne vertébrale de l’écosystème
GEN Madagascar n’a pas vocation à « faire à la place de ».
Son rôle est de :
- connecter les acteurs existants,
- créer un langage commun,
- rendre visibles les parcours entrepreneuriaux,
- éviter la dispersion des efforts.
Autrement dit : faire système.
2. Être l’interface crédible entre entrepreneurs et décideurs publics
Le rapport GEN 2025 montre que les chapitres nationaux les plus impactants sont ceux qui :
- produisent des données,
- documentent les blocages réels,
- formulent des recommandations concrètes,
- dialoguent régulièrement avec l’État.
GEN Madagascar peut devenir un partenaire technique naturel des pouvoirs publics sur les sujets d’entrepreneuriat, sans posture militante, mais avec rigueur et méthode.
3. Ouvrir Madagascar au réseau mondial GEN
Entre :
- la Global Entrepreneurship Week,
- l’Entrepreneurship World Cup,
- les programmes de mentors,
- les missions internationales,
- les connexions investisseurs,
GEN Madagascar peut offrir aux entrepreneurs malagasy un accès réel au monde, pas seulement symbolique.
Et réciproquement, faire connaître Madagascar comme un terrain d’innovation, d’impact et d’expérimentation.
Une conviction forte : l’entrepreneuriat comme infrastructure nationale
Le rapport GEN 2025 ne dit jamais explicitement ceci, mais tout y converge :
L’entrepreneuriat n’est pas un secteur. C’est une infrastructure économique et sociale.
Pour Madagascar, cela signifie une chose simple mais exigeante : on ne peut plus se contenter de projets isolés, de concours ponctuels ou de discours inspirants.
Il faut :
- structurer,
- connecter,
- mesurer,
- améliorer.
GEN Global apporte le cadre.
GEN Madagascar apporte l’ancrage, la connaissance du terrain et la légitimité locale.
Conclusion : une responsabilité collective
Madagascar traverse une période charnière.
Les défis sont réels. Les ressources sont limitées. Les attentes sont fortes.
Mais comme le rappelle GEN :
La disruption n’est pas une menace. C’est le moteur du progrès, à condition de savoir la canaliser.
GEN Madagascar n’est pas une organisation de plus.
C’est un point d’appui stratégique pour transformer l’énergie entrepreneuriale du pays en croissance durable, inclusive et connectée au monde.
Le moment n’est pas à attendre que les conditions soient parfaites.
Le moment est à construire ensemble l’écosystème que Madagascar mérite, en lien avec l’un des réseaux les plus puissants au monde.
Quand le monde change, les entrepreneurs ne subissent pas. Ils construisent.