"La confiance ne se décrète pas. Elle se construit. Les investisseurs le savent mieux que personne."
Il y a des voyages qui vous permettent de découvrir un pays. Et il y a ceux qui changent votre manière de le regarder.
Le Maroc fait partie de ceux-là.
J'y suis allé une première fois en 2016, à Rabat puis à Casablanca, à l'occasion d'un événement économique.
À l'époque, ce qui revenait souvent dans les discussions, c'était le développement des centres de services, des centres d'appels, des activités d'externalisation. Le tourisme connaissait déjà une forte croissance et de nombreux projets immobiliers sortaient de terre.
Le pays avançait.
Je suis revenu en 2024.
Cette fois, à Marrakech. Et j'ai eu une impression très différente.
Ce n'était pas seulement un pays qui se développait. C'était un pays qui semblait savoir exactement où il voulait aller.
Ce sentiment est difficile à expliquer. Ce n'était pas une nouvelle autoroute. Ni un nouvel hôtel. Ni un immeuble plus moderne. C'était une dynamique.
Comme lorsqu'on entre dans une entreprise et que, sans même avoir vu les chiffres, on sent que les équipes avancent dans la même direction.
Quelques jours plus tard, j'ai retrouvé un ancien manager d'une grande multinationale que j'avais connu à Madagascar.
Il avait quitté une carrière confortable. Aujourd'hui, il développe un projet de villas haut de gamme à quelques kilomètres de Marrakech.
Nous avons beaucoup discuté.
Bien sûr, le climat joue. Le tourisme aussi.
Mais je suis ressorti de cette conversation avec une réflexion beaucoup plus large.
Lorsqu'une personne investit toutes ses économies dans un pays, ce n'est jamais uniquement parce que le paysage est agréable.
Elle investit parce qu'elle croit à son avenir. Et cette idée ne m'a plus quitté.
Une question que nous nous posons peut-être mal
À Madagascar, nous parlons souvent d'investissements étrangers. Nous nous demandons pourquoi ils ne sont pas assez nombreux. Nous cherchons les freins. Nous évoquons les infrastructures, la fiscalité, l'énergie, la gouvernance.
Toutes ces questions sont importantes. Mais je me demande parfois si nous ne commençons pas par la mauvaise.
La vraie question n'est peut-être pas : Pourquoi les investisseurs ne viennent-ils pas ?
La vraie question serait plutôt : Pourquoi choisissent-ils certains pays plutôt que d'autres ?
La nuance peut sembler subtile. En réalité, elle change complètement la manière d'aborder le sujet.
Car un investisseur ne choisit pas simplement un territoire. Il choisit un environnement dans lequel il va engager son argent, ses équipes, sa réputation et parfois vingt ou trente années de sa vie.
Si c'était votre argent...
Imaginez un instant que vous soyez à la tête d'une entreprise internationale. Vous disposez de 500 millions de dollars pour construire une usine. Cette usine emploiera plusieurs milliers de personnes. Elle produira pendant au moins vingt-cinq ans.
Dans quels pays investiriez-vous ?
Beaucoup répondraient immédiatement : « Là où les impôts sont les plus faibles. »
Ou :
« Là où les salaires coûtent le moins cher. »
Je ne suis pas convaincu.
Je pense que la première question qu'un dirigeant se pose est beaucoup plus simple. Est-ce que je pourrai dormir tranquille après avoir investi ici ?
Cette phrase peut sembler étonnante. Pourtant, elle résume presque tout.
Un investisseur n'achète pas seulement une rentabilité. Il achète aussi une certaine tranquillité d'esprit. Il veut savoir que les règles ne changeront pas brutalement. Que ses marchandises pourront quitter le port. Que les contrats seront respectés. Que son usine pourra continuer à produire dans cinq, dix ou quinze ans.
Autrement dit, il cherche un pays dans lequel il peut avoir confiance. Et cette confiance ne s'improvise pas.
Une boulangerie nous aide à comprendre
Prenons un exemple beaucoup plus simple.
Imaginez que vous souhaitiez ouvrir une boulangerie. Vous trouvez deux locaux. Le premier coûte moins cher. Le second est plus cher.
Lequel choisissez-vous ? Vous n'allez probablement pas regarder uniquement le montant du loyer.
Vous allez observer la rue, le nombre de passants, le stationnement, la sécurité, la facilité des livraisons, la stabilité du quartier.
Vous allez essayer de réduire le risque.
Finalement, vous n'achetez pas seulement un local. Vous achetez un environnement.
Les investisseurs internationaux raisonnent exactement de la même manière.
Ils ne cherchent pas uniquement un pays où investir. Ils cherchent un pays dans lequel ils pourront continuer à investir.
Et c'est précisément là que le Maroc m'a amené à réfléchir.
Le succès ne s'explique jamais par une seule décision
Lorsque l'on regarde les chiffres, ils sont impressionnants.
En 25 ans, le stock d'investissements directs étrangers au Maroc est passé d'environ 9 milliards de dollars à plus de 80 milliards.
Ce résultat n'est pas le fruit du hasard. Mais il ne s'explique pas non plus par une seule réforme, un seul gouvernement ou une seule décision.
C'est exactement comme une entreprise. Lorsqu'on admire aujourd'hui une entreprise qui réussit, on oublie souvent les centaines de décisions prises pendant 20 ans, une bonne stratégie commerciale, une meilleure gestion, des recrutements pertinents, une culture d'entreprise, une meilleure relation client.
Aucune de ces décisions, prise isolément, ne transforme une entreprise. Mais leur accumulation finit par produire un résultat visible.
Je crois que le Maroc a suivi cette logique. Et c'est probablement la première leçon que je retiens.
Les grandes transformations sont rarement spectaculaires lorsqu'elles commencent.
Elles deviennent impressionnantes uniquement lorsqu'on les observe avec vingt ans de recul.