En juillet 2009, avec Lantosoa Rakotomalala, alors Responsable financière de l’AUF océan indien, et Ange Rakotomalala, nous avions une idée simple, presque naïve.
Créer un espace, un moment, un rendez-vous.
Pas un programme lourd, pas un projet institutionnel. Juste un lieu où l’on parle entrepreneuriat, librement, sans jargon, sans filtres.
C’est Ange qui a trouvé le nom : le Rendez-vous des entrepreneurs, tous les jeudis après-midi.
D’abord au CIDST, puis au CITE Ambatonakanga.

Jeudi 22 mars 2012 à 14h25 au CITE Ambatonakanga
Des échanges ouverts, des témoignages, des questions parfois maladroites, mais toujours sincères.
Un an plus tard, nous recevions le prix "Jean-Marc Léger", récompensant le programme le plus simple à mettre en place… et à fort impact.
Ce prix n’a pas changé le monde.
Mais il a confirmé une intuition : la culture entrepreneuriale se diffuse par la proximité, pas par les discours.
Quand les étudiants entrent dans la danse
Dans la continuité, une autre idée a émergé.
Relancer le Club Entrepreneur Étudiant, initié auparavant par Njaka Rajaonarison à l’UCM, mais cette fois-ci auprès d’un public plus large.
De cette discussion est né le CEE-RE – Club Entrepreneurs Étudiants du Rendez-vous des Entrepreneurs.
Une centaine d’étudiants, fidèles, curieux, engagés.
Une génération qui venait écouter, questionner, parfois contredire.
J’ai alors confié la présidence de cette nouvelle association à Riveltd Rakotomanana, à l’époque mon collaborateur chez KENTIA.
Avec le recul, ce n’était pas un “projet”. C’était une transmission.
L’ouverture à l’international : un tournant symbolique
Un clin d’œil particulier à Harinjaka Ratozamanana, qui a fortement poussé Madagascar vers l’international.
En mars 2014, il m’invite à le rejoindre à Moscou, pour le Global Entrepreneurship Congress (GEC).
Une première immersion à grande échelle dans un écosystème mondial, structuré, connecté, politique aussi.
Cette participation a marqué un tournant :
- plus de visibilité internationale
- une implication accrue des ministères
- une prise de conscience : Madagascar n’est pas en retard, il est juste sous-connecté
15 ans plus tard : qu’est-ce qui a réellement changé ?
Sans prétendre à l’exhaustivité, voici ce qui a profondément évolué en 15 ans.
1. L’entrepreneuriat est devenu socialement acceptable
En 2009, entreprendre était souvent perçu comme un plan B. Aujourd’hui, c’est une aspiration assumée, notamment chez les jeunes et les femmes.
2. Les communautés ont remplacé l’isolement
Hubs, coworkings, clubs, réseaux formels et informels : on n’entreprend plus seul comme avant.
3. Le digital a changé l’échelle
Mobile money, réseaux sociaux, outils collaboratifs : créer une activité est techniquement plus accessible qu’il y a 15 ans.
4. Les dispositifs d’accompagnement se sont multipliés
Accélérateurs, incubateurs, programmes publics, ONG, bailleurs… parfois trop, parfois mal coordonnés, mais bien présents.
5. Le financement existe… mais reste le nœud dur
Plus structuré qu’avant, oui.
Plus accessible, pas encore.
Le vrai sujet reste le financement patient et la capacité à scaler.
6. Le discours a évolué, la réalité plus lentement
On parle beaucoup de startups, d’innovation, d’impact.
Mais les fondamentaux restent les mêmes : marché, gestion, discipline, exécution.
Ce qui n’a pas changé (et qu’il ne faut pas oublier)
- On ne bâtit pas un écosystème par décret
- Les entrepreneurs se forment surtout par l’action
- Les réseaux comptent autant que les idées
- La confiance reste la monnaie la plus rare
En conclusion
Quand je repense à ces jeudis après-midi au CIDST, à cette salle parfois à moitié vide, parfois bondée, je souris.
Les acteurs sont toujours là. Et des centaines d’autres sont venus renforcer les rangs.
L’écosystème malagasy n’est pas parfait. Mais il est vivant. Et surtout, il est le fruit de parcours humains, pas de slides PowerPoint.
Le chemin parcouru est réel. La route devant nous l’est encore plus.
À suivre…
15 ans d’entrepreneuriat à Madagascar : d’une salle au CIDST à un écosystème en mouvement