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Assises pour la relance économique : ce que les entrepreneurs et dirigeants de PME doivent vraiment en attendre

19 janvier 2026 par
Prospérin Tsialonina
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Ce 19 janvier 2026, Madagascar a officiellement lancé les Assises pour la relance économique, un moment présenté comme fondateur pour ouvrir « un nouveau chapitre de l’économie malagasy ».

Je fais partie des acteurs consultés dans le cadre de cette réflexion, même si je n’ai pas pu être physiquement présent, étant actuellement hors de Madagascar. Cela ne m’empêche ni d’en mesurer l’importance, ni d’en proposer une lecture lucide, orientée vers celles et ceux qui font tourner l’économie réelle : les entrepreneurs et les PME.

Pourquoi ces Assises ne sont pas anodines

Le document de cadrage est sans ambiguïté : l’économie malagasy est à un tournant.

Quelques chiffres rappellent l’urgence :

  • une productivité qui ne représente qu’environ un cinquième de la moyenne africaine,
  • une croissance estimée à 4,6 %, insuffisante au regard des besoins démographiques et sociaux,
  • un tissu productif fragilisé par les chocs climatiques, énergétiques et financiers.

Certains secteurs progressent (tourisme, TIC, agribusiness), d’autres reculent (industrie, énergie, transformation). Le constat est clair : sans inflexion structurelle, la croissance restera fragile et peu inclusive.

Ce que les Assises annoncent officiellement

Sur le papier, l’ambition est élevée. Les Assises visent à déboucher sur :

  • un Pacte national de relance économique,
  • un plan macroéconomique de stabilisation,
  • des réformes structurantes pour améliorer le climat des affaires,
  • un nouveau contrat État–secteur privé, fondé sur des engagements clairs et mesurables.

La démarche se veut participative, avec des consultations régionales (du 19 au 30 janvier), puis des dialogues public-privé début février.

L’objectif affiché n’est pas un rapport de plus, mais un plan d’actions piloté, suivi et mesuré dans le temps.

Ce que les entrepreneurs et dirigeants de PME doivent vraiment attendre

Maintenant, parlons vrai.

1. Un changement réel dans la relation État – entreprises

La confiance ne se décrète pas.

Si ces Assises sont utiles, elles doivent se traduire par :

  • moins d’arbitraire administratif,
  • plus de prévisibilité réglementaire,
  • des délais raccourcis,
  • une sécurité juridique renforcée.

Sans cela, aucun investisseur sérieux, local ou diaspora, ne prendra de risques durables.

2. Un accès au financement enfin adapté aux PME

Le document reconnaît clairement :

  • l’accès limité au crédit,
  • la faiblesse des ressources longues,
  • l’exclusion financière persistante des PME.

Les entrepreneurs doivent attendre des mécanismes concrets, pas seulement des annonces :

  • garanties effectives,
  • instruments de partage du risque,
  • produits financiers adaptés aux cycles réels des entreprises.

3. Des priorités sectorielles assumées (et tenues)

Les Assises identifient quatre filières stratégiques :

  • agribusiness
  • textile
  • tourisme
  • TIC

Soutenues par trois leviers transversaux :

  • infrastructures,
  • énergie,
  • capital humain.

C’est cohérent.

Mais les chefs d’entreprise attendent surtout de la continuité, de la visibilité à 3–5 ans, et non des priorités qui changent à chaque cycle politique.

4. Moins de discours, plus d’exécution

Le document parle de comités de pilotage, de task forces, de suivi des indicateurs. Très bien.

Ce que les entrepreneurs observeront, c’est :

  • ce qui change dans les 6 prochains mois,
  • ce qui est simplifié,
  • ce qui est réellement financé,
  • ce qui est mesuré et corrigé.
“Dans plusieurs PME que j’accompagne actuellement, l’énergie et le financement représentent à eux seuls plus de 30 % des coûts imprévus.”

Mon regard d’entrepreneur et de praticien

Ayant créé, accompagné et structuré des entreprises à Madagascar et en Europe, je le dis sans détour : la relance ne viendra ni des slogans, ni des plans théoriques, mais de la capacité à :

  • sécuriser l’acte d’investir,
  • rendre rentable le fait d’être formel,
  • valoriser celles et ceux qui produisent, transforment et exportent.

Ces Assises peuvent être un point de départ utile, à une condition : qu’elles marquent un basculement vers une culture de résultats, et non un simple moment institutionnel de plus.

En conclusion

Les Assises pour la relance économique ne doivent pas être jugées sur leurs intentions, mais sur leurs premières décisions concrètes.

Pour les entrepreneurs et dirigeants de PME, la question est simple :

« Qu’est-ce qui sera réellement différent demain matin dans ma manière d’investir, d’embaucher, de produire et de vendre ? »

C’est à cette question que la relance économique devra répondre, sans détour.

✍️ Note personnelle

Je continuerai à partager, analyser et challenger ces dynamiques, comme je le fais depuis des années, avec une approche terrain, exigeante et constructive.

Le débat est sain. L’exécution est décisive.

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